Le manque d'éthique de
l'utilisation des obus à l'uranium.


par Gordon Edwards (Ph.D.) et Marc Chénier (B.Sc.)
du Regroupement pour la surveillance du nucléaire.


L'utilisation par l'OTAN d'obus contenant de l'uranium appauvri dans la Guerre du Golfe et dans la Guerre des Balkans suscite de graves problèmes d'éthique.

Puisque l'uranium est l'élément naturel le plus lourd de la planète, on l'utilise dans le blindage des chars d'assaut et aussi dans la fabrication d'obus afin d'en augmenter la puissance de pénétration. Qui plus est, sous forme métallique, l'uranium brûle avec ardeur —comme le magnésium ou le sodium— ce qui amplifie la puissance de pénétration des obus.

Mais l'uranium est aussi une substance radioactive de longue durée qui constitue une menace perpétuelle à la santé humaine. Ce danger touche non seulement les combattants, mais aussi les gens ordinaires qui pourraient être affectés pour des milliers d'années par le rayonnement des résidus d'uranium abandonnés sur les champs de bataille. Comme dans le cas des mines antipersonnel, les obus à l'uranium continuent de tuer longtemps après la fin des hostilités.

L'uranium qu'utilisent les militaires s'appelle «uranium appauvri». Il s'agit d'un déchet provenant de l'enrichissement de l'uranium, un procédé nécessaire à la fabrication des armes nucléaires et du combustible de certains réacteurs. L'enrichissement est un procédé très coûteux, mais l'uranium appauvri est considéré bon marché parce c'est un sous-produit indésirable n'ayant, à toute fin pratique, aucune utilisation civile.

L'uranium n'est pas dangereux tant qu'il se trouve à l'extérieur du corps, tout comme la bactérie E.-coli. Le rayonnement alpha émis par l'uranium est effectivement bloqué par une feuille de papier, par une épaisseur de vêtements ou par la peau; il n'y a donc pas de danger d'exposition externe.

ň l'intérieur du corps, par contre, le rayonnement alpha devient l'agent cancérogène le plus puissant connu de la science: il est vingt fois plus dommageable que les rayons X ou les rayons gamma. Un grand nombre de mineurs et de travailleurs ayant manipulé le radium sont morts suite à une exposition interne à des quantités minimes de substances radioactives à rayonnement alpha, ceux-ci causant le cancer du poumon, le cancer des os et une série de maladies sanguines, dont la leucémie.

Sur les champs de bataille, une partie de l'uranium se vaporise au moment de l'impact et produit une fumée radioactive qui peut facilement être avalée. Les particules inhalables de l'uranium peuvent rester plusieurs jours en suspension aérienne; une brise légère suffit à les remettre en suspension.

Il n'existe aucune étude portant sur les effets à long terme sur la santé humaine ou animale des sujets exposés à de telles vapeurs d'uranium métallique. Comme dans le cas du programme d'essais atmosphériques de la bombe atomique, les humains sont encore une fois utilisés comme cobayes pour permettre aux militaires de constater les effets nocifs d'une arme nouvelle.

Prétendre, sans preuves à l'appui, que l'uranium appauvri est sans danger est tout à fait irresponsable. On sait depuis longtemps que l'uranium est une substance mortelle. Pendant des siècles, les mineurs qui exploitaient des mines d'argent en Allemagne et en Bohème mouraient en grand nombre d'une mystérieuse maladie des poumons qu'on a reconnue plus tard comme étant le cancer du poumon. Dans les années trente, on a pu déterminer que la cause en était le rayonnement alpha émis par le radon, un gaz radioactif émanant spontanément des atomes d'uranium présents dans le minerai.

L'histoire canadienne de l'exploitation de l'uranium n'est pas moins désolante. On a noté chez les mineurs des Territoires du Nord-Ouest, de la Saskatchewan et de l'Ontario des taux de mortalité due au cancer du poumon de 2 à 5 fois plus élevés que le taux «normal» pour cette maladie, fumeurs et non-fumeurs confondus. Le coupable est sans contredit le rayonnement alpha provenant du minerai d'uranium.

En 1931, le Ministère (canadien) des Mines publiait l'avertissement suivant sur le danger des minerais uranifères :

«L'ingestion d'une petite quantité de poussière radioactive . . . conduira à l'accumulation de matières radioactives dans le corps, ce qui pourrait avoir des conséquences graves.

Le cancer du poumon, la nécrose osseuse et l'anémie rapide comptent parmi les maladies qui peuvent être causées par le dépôt de substances radioactives dans les tissus cellulaires ou dans la structure osseuse du corps . . . »

Le Canada a toujours été le premier exportateur mondial d'uranium. Puisqu'on mélange l'uranium sans distinction d'origine lors du processus d'enrichissement, il s'ensuit que chaque obus à l'uranium contient une proportion importante d'uranium provenant du Canada.

Le gisement d'uranium le plus riche au monde, celui de Cigar Lake dans le nord de la Saskatchewan, est présentement en exploitation. Certains secteurs du gisement contiennent du minerai ayant une teneur en uranium de 70 pour cent, ce qui les rend tellement radioactifs qu'on devra peut-être les exploiter au moyen de robots.

Imaginons un archéologue de l'avenir découvrant des vestiges d'obus de l'OTAN à l'uranium appauvri, comme les pointes de flèches laissées par les chasseurs préhistoriques. Ces vestiges seront aussi radioactifs que le minerai de Cigar Lake. En effet, l'uranium devient PLUS radioactif au fil du temps à cause de la production spontanée de sous-produits radioactifs, dont certains comptent parmi les agents cancérogènes les plus puissants : le radon, le thorium, le radium et le polonium.

Les avocats de l'ONU maintiennent que les obus à l'uranium seraient illégaux selon les lois de droit international en vigueur parce qu'il s'agit d'armes inhumaines, qui endommagent l'environnement, qui sont nocives aux non-combattants et qui demeurent nocives une fois les hostilités terminées. Les Canadiens se doivent d'insister pour que de telles armes soient bannies.


[ Répertoire du RSN ]











nombre de visites au site WEB du RSN
depuis le 27 mars 1997:

100 000 PLUS

(compteur remis à zéro à minuit, le 2 juillet 1998)